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Autoportrait, 1981

Enfance
Fils d’Ezekiel Moshe Neiman (1893-1956), journaliste, humoriste, dramaturge polonais* et de Dora Alter (1912-1996). Yehuda est né le 22 octobre 1931.
Il a presque 8 ans lorsque, avec sa mère, le 1er septembre 1939, ils fuient Varsovie,  à l’aide d’un ami et partent retrouver E.M.N. Ils obtiennent l’autorisation d’émigrer en Palestine alors territoire sous mandat britannique. Un long périple les conduit, via l’URSS, les Balkans, Londres, en 1940 en Palestine. Ils trouvent des foyers juifs autour de Jaffa et de Jérusalem de personnes arrivées entre 1904 et 1914 (après notamment l’échec de la première révolution russe), soit d’autres qui ont fui l’Europe autour de 1920. Dans sa famille, on parle le yiddish, le polonais, l’anglais, l’allemand et on se met à l’hébreu.
En 1946, sa mère divorce et épouse Mochechaï Cukierman dit Tsanin (1906-2009), qui devient le directeur du premier quotidien yiddish, Letzte Nyess, en Israël. De cette union, naîtra un enfant en 1948.
Yehuda passe plusieurs années (1947-1949 ?) dans le kibboutz Nachshon, où il participe dans l’esprit laïc à l’exploitation agricole, à la construction, à l’entretien des machines.

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Avec Krajcberg et Gigi

Vie d’artiste
À partir de 1949, il s’installe dans un atelier à Tel-Aviv, et il étudie avec Yehezkel Streichman (1906-1993) et aussi avec Avigdor Stematsky (1908-1989). Il rencontre Sioma Baram (1919-1980), Emmanuel Mané-Katz (1894-1962), Lea Nikel (1918-2005), Ofer Lellouche, et retrouvera la plupart en Europe et notamment à Paris, à Londres ou aux Baleares.
Il est très lié et le sera tout au long de sa vie à des artistes qu’il rencontre dès cet époque en Israël ou, un peu après, ailleurs, comme David Lan-Bar (1912-1987), Menashe Kadishman (1932-2015), Frank Krajcberg, le sculpteur Yitzhak Danziger (1916-1977), des artistes polyexpressifs comme Arik Brauer (1927-) et Amos Kenan (1927-2009) son grand ami.
Vers 1953, il repart vers l’Europe, passe un moment à Londres, puis vient à Paris en 1954 où il est admis à l’école des Arts Décoratifs (section décor de théâtre).
En 1954, le jour de son arrivée à Paris, il fait la connaissance d’Yves Klein au Select, et fera aux cours des mois et des années suivantes de nombreuses autres rencontres et nouera des amitiés, parmi lesquelles :  Agam, Arman, Barzilay, Myriam Bat-Yosef, César, Christo, Dufrêne, Enu, Erro, Fautrier,  Gigi, Hains, Klapech, Lindström, Maryan, Marfaing, Mercado, George Noël, Raynaud, Raysse, Niki de Saint-Phalle, Spoerri, Tal Coat, Tinguely, Villeglé… Yehuda vient voir ses amis, par exemple, en avril 1955, à la Galerie Denise René « Le Mouvement », il est aussi à la première exposition personnelle de Klein au Club des Solitaires (cf. archives). Neiman travaille et vit parmi les artistes dans le quartier de Montparnasse – plusieurs adresses pour ces ateliers entre 54 et 61:  impasse Ronsin et 8 rue Campagne Première (Paris 14e) – et il passe ses soirées au Select, à la Coupole ou au Rosebud avec artistes, critiques d’art, amateurs d’art, collectionneurs : Boudaille, Restany, Cabanne, Halten, par exemple.
Dans une interview pour son exposition à la Galerie Donguy, 57 rue de la Roquette, Paris 11e, en 1982, Neiman raconte ses années de jeunesse : « on passait nos soirées à la Coupole, il y avait Charles Estienne, Pierre Restany, Bryen, Hains, Claude Rivière quelquefois. Yves [Klein] bien sûr, et on finissait au Falstaff à 4/5 heures du matin, après la fermeture de la coupole, cela pendant des années. Après j’ai connu Arman, tout le groupe. J’habitais impasse Ronsin, en face de Tinguely. »

catalogue-nr007cpProche des artistes du Nouveau Réalisme dès avant la composition du mouvement, il le restera aussi tout au long de sa vie. Les archives photographiques de Yehuda Neiman renferment de nombreux clichés de ces artistes : encore jeunes et peu connus, puis qu’il ne perdra pas de vue dans leurs carrières respectives et dont il tirera à sa façon, selon ses procédés, des portraits sur toile ou sur plaque d’aluminium sensibilisées.
En 1961, il s’installe dans un nouvel atelier, 86 rue Bobillot (Paris 13e) beaucoup plus grand dans lequel il peut poursuivre son activité et continuer de festoyer avec ses amis qui sont le soir souvent nombreux à s’y retrouver.

Photo de Fred Barzilay, 1962

Mimi et Yehuda à l’atelier, photo de Fred Barzilay, 1962

Il épouse Marie-Thérèse Landier en 1962 (Restany est l’un des témoins) avec laquelle il a deux enfants Emmanuel et Laure.
Il poursuit une carrière internationale, participe à des expositions à travers le monde, des symposium (voir les pages de ce site où les différents aspects de son œuvre sont exposés).
En 2001, il est contraint de quitter son atelier dans lequel œuvres, matériel en tout genre (correspondant aux différentes facettes de son œuvre de photographe, peintre, sculpteur, graveur, sérigraphiste, joaillier) et ses abondantes archives se sont accumulés.

Épilogue
Yehuda est mort le 4 juillet 2011 des suites d’un cancer. Il a aimé la vie jusqu’à la fin, il a encouragé et a soutenu les jeunes artistes autour de lui.
Il aimait la compagnie et l’ambiance des vernissages, il s’intéressait à tout ce qui était création humaine.

*Cf. Lexicon of the new Yiddish Literature ; Biographical Dictionary of Modern Yiddish Literature, NY, Congress for Jewish Culture, 1981.